Patients, de Grand Corps Malade

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Couverture de la version poche, aux Editions Points

Données techniques

«Patients» est un livre autobiographique de Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade. Pour ma part, je possède la version poche, sortie aux éditions Points en mai 2014, et qui fait un peu plus de 150 pages. Il est tout d’abord sorti chez Don Quichotte éditions en version brochée, en octobre 2012.

Résumé

Celui qui n’était à l’époque que Fabien Maraud a vingt ans quand, en juillet 1997, il se déplace des vertèbres après un plongeon dans une piscine pas assez profonde. Le verdict des médecins à ses parents est plus que pessimiste : il ne remarchera plus jamais. Dès lors commence le long parcours des hôpitaux et des centres de rééducation.

Avec beaucoup d’humour et une plume très légère, Grand Corps Malade nous raconte son histoire, très simplement, sans détour ni tabou. Une belle leçon de vie.

Mon avis

Il y a quelques années de cela, on me faisait découvrir le slam  »Les Voyages en Train ». Quelques phrases qui m’ont immédiatement fait tomber sous le charme du style de Grand Corps Malade, charme toujours pas brisé… Au contraire, renforcé encore par la récente sortie de Pocahontas, que je trouve être un mélange de poésie et d’humour très touchant.

C’est donc sans hésitation que j’ai fait l’acquisition de son premier livre, sans même vraiment savoir de quoi il parlait. Dès la première phrase, le ton est donné : les chapitres vont s’enchaîner avec autodérision et humour, sans éviter un seul sujet dit tabou et sans gêne. Sans prendre de gants non plus : la situation des hommes et femmes en centre de rééducation n’est pas facile, et il ne va pas tenter de nous faire croire le contraire.

Les rimes sont (presque) totalement absentes, mais on sent toujours la plume du slameur derrière certaines phrases particulièrement bien tournées. Plus globalement, on sent son style dans l’agencement du livre et des phrases. Il va toujours droit au but, sans fioritures et sans s’attarder trop longtemps sur un même sujet. C’est clair, c’est net, les phrases sont courtes, le langage simple est au service du sujet.

En plus d’être drôle, ce livre est très touchant. Les portraits que nous dresse Grand Corps Malade de ses «co-détenus» est rempli d’affection et d’amitié qu’il ne tente pas de masquer. Il ne s’attarde et ne s’apitoie jamais sur ses déconvenues, se contente de nous les narrer et, surtout, d’expliquer comment il a réussi, au final, à surmonter la plupart des obstacles qui se dressaient sur sa route.

En bref, on passe du rire aux larmes en l’espace de quelques pages voire, parfois, de quelques phrases. Ce sujet «tabou» est abordé avec légèreté, non pas une légèreté naïve et insouciante, mais une bien consciente de ce que ça signifie «être dépendant des autres» et qui, malgré tout, préfère aborder le sujet avec humour. Ça fait du bien d’avoir une lecture qui évite les clichés de ceux qui ne savent pas de quoi ils parlent, remplacée par le point de vue de celui qui a été au coeur de tous ces problèmes.

Lue en une petite après-midi seulement, ce livre n’a fait que renforcer l’admiration que m’inspirait Grand Corps Malade. Tout d’abord par l’attitude de Fabien face à sa situation et sa détermination, même face aux coups durs. Ensuite, par l’affection pour ses compagnons de galère qu’il nous transmet en quelques mots, et sa façon de leur rendre hommage par les portraits qu’il en dresse. Et puis, finalement, par sa poésie toujours présente, même dans un texte écrit en prose, par son humour légèrement grinçant et plus qu’agréable à lire et son style très léger et facile, tout en restant prenant.

Ce que je lui reproche

C’est trop court !

D’accord, c’est un peu cliché de dire ça, mais c’est vrai. Parfois, on regrette qu’il saute d’une étape de sa rééducation à une autre sans s’attarder plus sur l’entre-deux. Certes, le but n’est pas de nous faire un rapport de A à Z sur son vécu mais… on en veut plus. Plus d’humour un peu grinçant et plus de portraits touchants. La fin arrive bien trop vite à mon goût !

Note

Si je n’étais pas objective, je lui donnerais à peu près 15/10, voire plus.

Avec un peu d’objectivité, je vais m’arrêter sur un 8/10. On frôle la perfection, mais la longueur du livre m’a vraiment un peu frustrée…

La citation

Un jour, il m’a dit:  » Tu vas voir, le regard des gens sur un mec handicapé se fait en plusieurs temps. Quand les gens te rencontrent la première fois, tu n’es rien d’autre qu’un handicapé. Tu n’as pas d’histoire, pas de particularités, ton handicap est ta seule identité. Ensuite, s’ils prennent un peu le temps, ils vont découvrir une facette de ton caractère. Ils verront alors si tu as de l’humour, si tu es dépressif… Enfin, ils verront presque avec surprise que tu peux avoir une vraie personnalité qui s’ajoute à ton statut d’handicapé: un handicapé caillera, un handicapé beauf, un handicapé bourgeois… ».

C’est une phrase qui m’a particulièrement touchée et parlé de par sa véracité. On ne peut pas nier que, pour une bonne partie de la population, le contact avec des personnes handicapées est gêné. On ne sait pas comment se placer, on a peur de faire des bourdes… Tellement obnubilé par le fauteuil roulant, on a tendance à oublier que, assise dessus, c’est une personne, avec une personnalité, tout comme nous !

Le passage

Sans hésitation, le passage très touchant et émouvant de la petite escapade nocturne dans une forêt près du centre de rééducation. Accompagné de trois potes, Fabien discute avenir.

On a presque l’impression d’être à leurs côtés : on sent l’ambiance changer, le sérieux et l’émotion s’installer. On peut aussi sentir la légère gêne de Fabien qui, contrairement à ses amis, a à ce moment-là bon espoir de pouvoir remarcher un jour.

Un très joli moment…

Une adaptation cinématographique ? Une suite ?

Aucune suite ou deuxième livre du slameur n’est annoncé pour le moment.

Par contre, une adaptation cinématographique est sur les rails ! Avec Medhi Idir (créateur de ses clips) à la co-réalisation, Grand Corps Malade compte porter son histoire sur grand écran. Le tournage est actuellement en cours (photos des coulisses à suivre sur son compte Twitter)…

Le relirais-je ?

C’est déjà fait ! Même si l’humour est forcément un peu moins surprenant à la deuxième lecture, ça reste très agréable à relire et je pense que c’est un livre que je ressortirai régulièrement de ma bibliothèque, quand j’aurai besoin d’une petite lecture sûre entre deux gros bouquins.

7 réflexions sur “Patients, de Grand Corps Malade

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