La Part de l’autre, d’Eric-Emmanuel Schmitt

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Couverture de La Part de l’Autre, aux éditions Le Livre de Poche

Données techniques

La Part de l’Autre est un roman d’Eric-Emmanuel Schmitt sorti en 2001, mi-biographie, mi-fiction. Mon exemplaire, paru aux éditions Le Livre de Poche, fait 500 pages et comprend le journal tenu par l’auteur pendant qu’il écrivait ce livre.

Résumé

Le 8 octobre 1908, la nouvelle tombe : Adolf Hitler est recalé aux Beaux-Arts. Une décision qui aura de multiples conséquences dramatiques. Que se serait-il passé si Hitler avait été accepté, s’il était devenu un artiste et non un dictateur haineux ? Dans ce roman, Eric-Emmanuel Schmitt tente de nous montrer l’impact que peut avoir un événement, et les décisions qui le suivent, sur la vie d’une personne. D’un côté il y a Hitler, haineux, raciste, imbu de lui-même, dictateur. De l’autre, il y a Adolf H., artiste en devenir, jeune homme timide et sympathique…

Note

8,5/10 !

C’est un livre que j’ai beaucoup apprécié, intéressant si l’on veut en savoir plus sur la vie d’Hitler sans lire une biographie classique. L’angle de réflexion est également très intéressant et porte à réfléchir. Par contre, le personnage d’Adolf H. était parfois un peu trop mou et un peu trop poussé à l’extrême à mon goût, et j’ai trouvé que le livre avait certaines longueurs.

Mon avis

Je l’avais déjà dit dans mon article sur Lusitania 1915, la Dernière Traversée : ça me fascine de savoir à quel point l’histoire ne tient qu’à un petit détail. Donc, bien évidemment, quand ma prof d’histoire d’il y a quelques années a parlé de ce livre en cours, il a tout de suite rejoint ma pile de livres à lire absolument… Pour n’en ressortir que maintenant, soit trois ans plus tard. Bon. À ma décharge, je ne le trouvais jamais en bibliothèque ni en librairie !

Il m’a fallu longtemps pour m’y mettre, mais, une fois commencé, le livre était fini en trois jours à peine. Le postulat de base d’Eric-Emmanuel Schmitt est très simple : il veut nous prouver qu’un homme comme Hitler ne naît pas monstre. Il le devient, au fil des épreuves, des déceptions et des découvertes qui le forgent, des décisions qu’il prend et de sa façon de réagir face aux difficultés et, si la même personne avait suivi un tout autre chemin, sa vie aurait été totalement différente. En l’occurence, il nous dépeint un « univers parallèle » où Adolf H. aurait été accepté aux Beaux-Arts, serait devenu un peintre plus ou moins renommé, aurait connu l’amour, subi la guerre sans y trouver le moindre plaisir, serait devenu père, bref, aurait vécu une vie plus ou moins normale et plus ou moins heureuse. Et puis de l’autre côté, il y a Hitler (l’auteur fait toujours bien attention à différencier Adolf H. de Hitler), le monstre que l’on connaît, qui a été refusé aux Beaux-Arts, ce qui l’a mené à des années de galère. Il trouvera finalement un but à sa vie grâce à ses années de service durant la Première Guerre Mondiale, où sa haine contre tout ce qui n’est pas 100% allemand se forgera (ironique, sachant que lui-même était autrichien), jusqu’à atteindre le zénith de sa folie durant les années 40, ses années de pleine puissance.

On est d’accord avec ce postulat de base ou on ne l’est pas, c’est en tout cas assez déstabilisant de s’imaginer que l’homme qu’est devenu Hitler ne serait dû qu’à une succession de malheurs et de mauvaises décisions, et que ce n’était pas un monstre-né. Parfois, je me suis dit que l’auteur poussait un peu la situation à l’extrême dans son portrait d’Adolf H. En effet, ce dernier, lorsqu’on connaît la « vraie » histoire, semble vraiment irréel : il n’a absolument aucune haine pour les étrangers, est plutôt tolérant et (attention spoiler), finit sa vie marié à une femme juive. Autant dire qu’il est assez éloigné du dictateur colérique que l’on connaît !

Je l’avoue, en commençant le livre, j’avais un peu peur de me perdre entre les deux personnages, de ne pas savoir de qui on parlait. Inquiétude bien vite effacée : l’auteur prend soin de séparer les paragraphes quand on change d’Hitler (oui, c’est bizarre de dire ça), les deux personnages ne sont pas nommés de la même façon – Hitler et Adolf H. – et, en général, leur nom est indiqué au tout début du paragraphe. Pas de problème de ce côté-là donc.

Une chose est certaine en tout cas, Eric-Emmanuel Schmitt nous dépeint le dictateur avec talent et on sent bien le travail effectué. Au départ, on s’attache un peu à cet homme qui vient de voir son rêve s’écrouler et qui se retrouve dans une sacrée galère. Cependant, l’affection part très très vite : l’auteur ne prend pas de gants pour nous dépeindre le caractère ignoble, égoïste et intolérant que l’on connaît mieux. Très vite, on ressent de la haine et du dégoût qui ne nous quitteront plus jusqu’à la fin du livre. De l’autre côté, Adolf H. reste très attachant du début à la fin, bien que parfois un peu naïf et un peu trop mou à mon goût.

En bref, un très bon livre, que je recommande à tous ceux qui sont intéressés par la vie d’Hitler sans avoir envie de lire une biographie classique. Bien que le personnage d’Adolf H. soit parfois un peu trop « transparent », on s’y attache et on finit par bien réfléchir sur l’impact que peuvent avoir certains événements et décisions dans une vie. Et, évidemment, on se demande si c’est la vérité, si Hitler est vraiment devenu aussi odieux et ne l’était pas dès la naissance…

La citation

Il y a un aspect que j’ai beaucoup aimé dans la vie imaginée d’Adolf H. : son amitié avec deux de ses camarades, Bernstein et Neumann. Là où le vrai Hitler n’a pas d’amis, Adolf H. est très attaché à ses deux compagnons, ce qui mènera à des situations assez difficiles. Blessé lors de la guerre, et pas certain de passer la nuit, Adolf H. leur écrira une lettre, ce qu’il pensait être la dernière lettre à ceux qu’il considérait comme sa famille, et fera une jolie déclaration sur l’amitié :

« C’est étrange, l’amitié. Alors qu’en amour, on parle d’amour, entre vrais amis, on ne parle pas d’amitié. L’amitié, on la fait sans la nommer ni la commenter. C’est fort et silencieux. C’est pudique. C’est viril. C’est le romantisme des hommes. Elle doit être beaucoup plus profonde et solide que l’amour pour qu’on ne la disperse pas sottement en mots, en déclaration, en poèmes, en lettres. Elle doit être beaucoup plus satisfaisante que le sexe puisqu’elle ne se confond pas avec le plaisir et les démangeaisons de peau. En mourant, c’est à ce grand mystère silencieux que je songe et je lui rends hommage. »

Une adaptation cinématographique ? Une suite ?

Bien que cela pourrait faire un film intéressant, ni l’un ni l’autre ! Par contre, Eric-Emmanuel Schmitt a une bibliographie bien remplie et intéressante, à découvrir…

 

9 réflexions sur “La Part de l’autre, d’Eric-Emmanuel Schmitt

  1. roxou06 dit :

    J’ai beaucoup aimé cette lecture ! ce livre fait énormément réfléchir sur la psychologie du personnage et sur le fait qu’il ne faut peut être pas grand chose pour voir une vie basculée !

    J'aime

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